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Ce blog se propose comme lieu interactif pour échanger des informations autour de la Liqueur de Chartreuse. Il est un prolongement du livre "CHARTREUSE, Histoire d'une liqueur, Guide de l'amateur" publié chez Glénat pour développer certains sujets.

10.10.06

Les sept personnages clefs de l'histoire de la Chartreuse

En y regardant de plus près, je me suis aperçu que tous les demi-siècles se présentaient un ou plusieurs personnages clés concernant l'histoire des liqueurs de Chartreuse. Les choses sérieuses commencent au milieu du XVIIIe siècle…

1760 : Le frère Jérôme Maubec.
C'est le frère chartreux dont le nom est le plus souvent cité, comme étant celui qui à mis au point la recette de l'élixir de Chartreuse. Il est un peu l'icône de ceux qui ont oeuvré à l'adaptation du manuscrit donné par d'Estrées en 1605 pour en faire une recette renouvelée. Mais il laisse dans l'ombre ses prédécesseurs qui dès 1737 ont travaillé sur la formule initiale afin de l'améliorer (les frères Pierre André et Bruno Izoard) et également celui qui vint le remplacer deux mois après son décès (le frère Antoine Dupuy) pour parachever la recette et en établir une version complète et reproductible.

1800 : L’ex-frère Pierre Liottard.
C’est à lui, qui a quitté la Grande Chartreuse en 1792 à cause de la révolution, que le Dom Basile Nantas choisit de confier la recette en 1800. Les Chartreux sont alors dispersés et personne n’envisage une destinée prestigieuse à l’élixir et la liqueur verte qui en est dérivée. Ce geste est sans doute motivé par un désir de ne pas voir se perdre une recette d’élixir qui a soulagé les habitants du massif de Chartreuse depuis 30 ans déjà.

1840 : Dom Louis Garnier.
Voici apparaître celui qui est sans nul doute la figure centrale de cette histoire. Imaginez l’impact majeur qu’il a eu sur la Chartreuse ! Quand il prend ses fonctions de procureur responsable des liqueurs, les chartreux ont juste fini de reconstruire le monastère dévasté par la révolution. Il ne se vend que quelques litres par semaine d’élixir et de Chartreuse Verte. Il a réussi, après 15 ans de tractation à racheter la recette aux héritiers de Liottard. Les travaux qu’il a lancé pour construire une distillerie au monastère sont juste achevés. Il invente alors une bouteille (que nous connaissons encore car elle est réutilisée depuis 1963 pour les Chartreuses VEP) et une étiquette avec sa signature stylisée. Il demande en 1840 au frère Bruno Jacquet d’améliorer la recette de la Chartreuse Verte pour en faire un digestif populaire, et c’est la naissance de la Chartreuse Jaune. En 1852, il dépose la marque Chartreuse pour la protéger. C’est sous son contrôle que se construit en 1860 la gigantesque distillerie de Fourvoirie. En 1869, pour contrer les imitateurs, il est obligé d’inventer une nouvelle bouteille à goulot renflé et une nouvelle étiquette (encore utilisées de nos jours).
Au total, il a créé l’identité de la Chartreuse par son contenant, lancé la Chartreuse Jaune, rapidement promue reine des liqueurs, mis en place une production « industrielle » et enfin assuré la protection administrative et de la marque Chartreuse.

1841 : Meunier utilise sa recette.
Charles Meunier, par l’intermédiaire de sa belle fille récupéra une copie de la recette de l’élixir et de la liqueur verte en 1813. Mais ce n’est qu’en 1841, en voyant le succès de la liqueur des pères chartreux, qu’il décida de se lancer dans la fabrication de Chartreuse. Il initia la mode des contrefaçons de Chartreuse et aurait pu envisager une production durable parallèlement à celle des chartreux s’il n’avait copié trop fidèlement la présentation des bouteilles du monastère.

1858 : Le frère Raphaël redevient Bonal.
Après 8 ans passé comme frère chartreux, Hippolythe Bonal retourne à la vie laïque pour tenter l’aventure de la distillation à quelques kilomètres du monastère. Fort de ses connaissances des plantes et de la distillation acquises lors de son séjour à la Grande Chartreuse, il propose une gamme superposable à celles des pères chartreux. Cela lui vaudra quelques procès.

1905 : Les liquidateurs Lecouturier et Cusenier.
Une majorité gouvernementale anticléricale a décidé de spolier et expulser les Chartreux. Arrive alors un administrateur judiciaire qui s’associe avec un distillateur de renom pour reprendre la production de Chartreuse. Si Cusenier ne fit pas fortune avec ce rachat, il faut lui reconnaître le mérite d’avoir su obliger les chartreux à communiquer sur leurs produits. En effet, alors qu’il utilisait son savoir-faire en communication pour la marque Chartreuse en France, il contraignait les chartreux à répliquer pour faire connaître leur nouvelle présentation fabriquée en Espagne.

1960 : Frère Laurent Dahinden, coqueluche des photographes.
D’origine suisse, le frère Laurent qui s’occupa de la distillerie entre 1948 et 1960 a laissé capturer son image par de nombreux photographes, au point de devenir l’image emblématique des frères distillateurs. On le reconnaît facilement à son petit bouc et ses lunettes rondes, arpentant la salle des alambics ou examinant un échantillon de liqueur.

Voici donc sept petites histoires qui ont fait la grande histoire de la liqueur de Chartreuse. On aurait pu rajouter en 1990 le rapatriement des stocks de bouteilles de Tarragone lors de la fermeture de la distillerie espagnole. Le public allait alors connaître l’envoûtement de goûter aux vieux millésimes produits entre 1904 et 1989, ce qui allait élever la Chartreuse au rang de mythe…

@ bientôt pour d'autres histoires...
Michel

20.9.06

Enfin un livre sur la liqueur de Chartreuse!

Il existait un grand nombre d'articles et d'informations éparses sur le sujet. Voici qu'un livre se consacre uniquement à l'hitoire des Liqueurs de Chartreuse. "CHARTREUSE, Histoire d'une liqueur, Guide de l'amateur" sera publié aux Editions Glénat le 22 novembre 2006.